Joyce Mansour


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Portrait de la poétesse Surréaliste Joyce Mansour par Pierre Molinier.


Le droit de ne pas aller bien.



Vous ça va ?
Non, en fait je m'en fiche. 

       Je m'en fiche dans la mesure où cela ne me concerne pas. Sous quel prétexte sois-disant bienveillant serais-je légitime à vous juger ? Cela ne me concerne pas. Restons-en là. Portez-vous bien.
...   
Dans ma manie de complexifier les choses les plus simples, un simple "ça va ?" devient non-sens. On prononce ce çava sans réellement attendre une réponse. La seule qui soit véritablement adéquate est "oui et toi ?". Sinon c'est le drama. 
Et si ça n'allait pas ?... Le chaos dans l'univers des conventions sociales.  
   
À croire que personne n'a prévu de plan de secours en cas de réponse par la négative. Ça va pas ? Quelle drôle d'idée ! Que veux-tu que je te réponde ? Je suis hantée par le concept même d'une existence fondée sur un absolu non-sens. Voilà tout.    
       Que l'on dénonce celui qui, un jour, a décrété l'obligation d'aller bien. Depuis quand le bien-être niaiseux est il devenu une injonction sociale ?  Comme si être beau, drôle et intelligent ne suffisait plus, il faut désormais être bien dans sa peau. Resplendir de santé, et si possible de façon visuelle au risque de ne pas être jugé crédible. (Notez bien que je dis "jugé" et non pas "être", là est toute la problématique) Quoi, tu resplendis pas comme une putain de licorne sous Prozac ?! Tu es obligée de t'aimer bordel. Sinon t'es rien. ... C'est comme ça que je suis supposée aller mieux ? Cette nouvelle lubie me trouble. Je n'y vois pas de réel bonheur, j'y vois de la simulation. Aspirer au bonheur forcé, suivre la méthode empirique pour l'épanouissement épectasique. Mourir de bonheur.
À croire que le bonheur est de l'ordre de ces choses qui s'entretiennent de façon capitaliste. Tu devais entretenir ton capital beauté, désormais il faut aussi miser sur la santé. Et je ne parle pas de la véritable santé, celle sous couvert du secret médical. Mais la santé surjouée qui se doit d'être démontrée sur Instagram.  
Foutez au gens la paix. Crotte de bique.

     Et si à passer sa vie à chercher la perfection, l'harmonie parfaite, illusoirement parfaite, ne menait à rien sinon à passer à côté de sa vie ? Admettre, lorsque c'est le cas, que l'on ne va pas bien revient à assumer ne pas être une machine. À embrasser on humaine condition, aussi fébrile et touchante que la vie peut l'être. Un véritable manifeste anticonformiste en soi.    
        J'ai le droit de ne pas aller bien. Et alors ? Je ne m'en porte pas plus mal pour autant. 


Gertrude Hoffman par Frank Bangs








Gertrude Hoffman par Frank Bangs, 1917


Gertrude, Dorothy, Mary, Claire, Alberta, Charlotte, Dorothy, Ruth, Catherine, Emma, Louise, Margaret, Ferral, Harriet, Sara, Florence toute nue, Margaret,  Toots, Thelma, 
Belles-de-nuit, belles-de-feu, belles-de-pluie, 
Le coeur tremblant, les mains cachées, les yeux au vent
Vous mes montrez les mouvements de la lumière,
Vous échangez un regard clair pour un printemps,  
Le tour de votre taille pour un tour de fleur,
L'audace et le danger de votre chair sans ombre,
Vous échangez l'amour pour des frissons d'épées
Et le rire inconscient pour des promesses d'aube.  
Vos danses sont le gouffre effrayant de mes songes
Et je tombe et ma chute éternise ma vie,
L'espace sous vos pieds est de plus en plus vaste,
Merveilles, vous dansez sur les sources du ciel.

Capitale de la douleur, Paul Eluard, 1926