dimanche 1 mars 2015

Contamination





        Autoportrait qui résulte d'un long questionnement sans réponse sur la notion d'individualité dans une société qui nous formate. Jusqu'à quel point puis-je être moi-même sans être influencée - consciemment ou non - par autrui, par les médias... Je le ressentais comme un peur, celle n'être plus qu'un produit. De voir les effets de cette société consommatrice me consumer au point de m'enlever toute individualité, toute capacité de jugement, de remise en cause. Suis-je véritablement à l'image des idéaux que je défends ou suis-je à contresens ?

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     Lorsque je rédige mes tirades contre cette société et ses diktats esthétiques qui nous formatent, je ne peux m'empêcher - à mon grand désarroi, enfin je crois - de constater que je suis moi même le produit de ce que je combat... Paradoxe total. En effet, dans le genre cliché "fifille", je suis un sacré spécimen. Blonde, maquillée comme un camion volé,  tartinée de crème peau de bébé pour grandes filles, huilée des pieds à la tête pour effacer mes vergetures, vêtue de robes aux couleurs et motifs joyeux et songeant à ma prochaine manucure…
Bon, je vais pas pousser jusque là, à vrai dire, mes ongles sont le cadet de mes soucis. Il suffit de constater simplement le fait que je ne parviens jamais à les avoir tous de la même longueur (1 sur deux en général) et aussi le peu de délicatesse avec laquelle j'étale ; que dis-je.. barbouille ; mon vernis... Bref, très de justification...
Qu’étais-je en train de dire avant de m’auto-couper la parole ? 

           Tout cela pour dire que ce paradoxe entre mes goûts et mon physique peuvent quelque peu paraitre paradoxale avec mes opinions (j’en avais déjà parlé dans mon article Oui au féminisme Girly). Et même si cet à priori contresens m’a pendant un premier temps beaucoup irrité, j’ai beaucoup songé à la question et ai compris qu’il n’y avait en réalité rien de contradictoire là dedans. Le fait d’être conscient du système, de faire partie d’une société consommatrice et d’être lucide sur ses travers autant que possible ne veut pas nécessairement dire que j’en suis pleinement active et que j’y adhère. Encore une fois, reste à savoir faire la part des choses et savoir prendre, dans ce que cette société nous propose, ce qui nous ira sans gober naïvement tout ce qui passe à notre portée sans être capable d’avoir ne serait-ce qu’un simple jugement de valeur. Avoir des goûts et les affirmer est déjà une première bonne chose, je pense… Dans mon cas, j’ai pris le parti pris (drôle de formulation) de céder à mon goût naturel - oui, probablement ais-je été formatée depuis la naissance - pour le girly, mais je prend bien garde à sélectionner avec réflexion ce qui - puisque nous sommes dans une société visuelle - me définira au mieux.

        Alors, cette peur de se sentir envahir par la société, au point d’en perdre toute identité personnelle disparait. Notre conscience étant là pour nous faire faire la part des choses. Après, reste une question: jusqu’à quel point pouvons nous réellement être nous même sans aucune influence, aucun formatage ? Déjà, est-ce possible ?






Blogger Tricks

Comme un cheveu dans la soupe...






"It’s better to be absolutely ridiculous than absolutely boring." 



Photographie de Rachel Saddedine.


Nymphe Bacchanthe




             Mon amour pour la représentation du cops féminin dans l'antiquité n'est plus un secret, et c'est avec un plaisir non mesuré que je me suis glissée dans la peau d'une nymphe l'automne dernier pour cette série de photographies à but avant tout esthétique. Dans ce genre de situation, j'en oublie vite le froid (et la nudité)... Si vous voyez une fille qui se promène à poil dans la nature et qui se prend pour statue grecque, n'ayez pas peur ! 
Pendant longtemps j'ai eu comme la majorité des gens une vision en partie erronée de la déesse Aphrodite et autres nymphes. De l'antiquité à nos jours de représenter leur image, de réutiliser ces personnages, ils se déforment, se métamorphosent et se voient démunis de certains de leurs caractères ou confier de nouveaux. Mais cette dégradation n'est pas que négative, elle permet aux époques de s'approprier les mythes selon ses besoins et enjeux, par exemple, de nos jours, Vénus se retrouve réduite à une simple jeune femme un peu naïve, prude mais pour le moins belle, une espèce de version édulcorée de Vénus. Le nouvel idéal féminin version 2.0. 
Ce que je déplore, c'est l'aspect fatale de la déesse et des nymphes qui semble avoir été oublié en chemin. J'aime voir en les nymphes cet être ambigu qui est à la fois irrésistible et terriblement néfaste. Mélange entre guerrière et sainte vierge. À mes yeux, c'est récemment le film la Vénus à la fourrure de Roman Polanski qui retranscrit au mieux l'image que je me fais de cette vénus enchanteresse et empoisonnée qui semble être d'un charme redoutablement doux comme la nature puis, prise dans la folie d'une danse frénétique, vous annonce que le courroux du ciel va s'abattre sur vous pour son simple plaisir. 
Semblez être la rose mais soyez le serpent qu'elle dissimule disait Shakespeare.

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Bacchante jouant du Tambourin, William Etty 
Bacchante, Ferdinand Leeke
Bacchante, Jean-Baptiste Greuze
La jeunesse de Bacchus (détail), William Bouguereau



samedi 28 février 2015

Nature morte







Photographie d'Isabelle Chapuis pour le magazine OOB 
(pour info, oui, ce sont bien des chardons !) 


             Je sais qu’il y en a a qui ça déplait de me voir représentée hors des critères formatés de beauté (ça m'est déjà arrivé, le bonhomme était choqué de découvrir que je pouvais ressembler à autre chose que l'image de moi "sous un beau jour" retouchée, à force de trop retoucher les corps, certains oublient qu'il ne s'agit pas de la réalité), mais je pense au contraire qu’il est important de montrer de la diversité et qu’il faut se méfier des images trop lisses que les médias nous projettent à longueur de journée. Pas une image de mode n’échappe à la retouche, si bien que nous sommes tellement habitués à ces corps lisses et perfectionnés que nous en oublions qu’il ne s’agit que du reflet de l’imaginaire de l’artiste et non pas de la réalité. Alors, lorsque l’on observe un corps au naturel, avec ce que l’on qualifie de « défauts » (mais que je ne vois que comme des détails inévitables du corps Humain), nos yeux sont choqués. Alors qu’au contraire, il faudrait ne plus être choqués d’observer un corps qui ne se plierai pas aux diktats de la beauté actuelle et formatée. Aucun corps ne ressemble aux images de magazines, pas même les filles de magazines ressemblent aux filles de magazines. C’est dire… C’est pourquoi je n’ai pas honte de montrer ce corps qui est le mien, qui n’est certainement pas montré sous son angle le plus flatteur, ni celui qui dissimulera le mieux ses défauts, mais au moins, ce corps est réel, dans le sens où il n’a pas reçu de retouches visant à améliorer la qualité de ma peau ou ma morphologie. Ce corps, présenté ainsi, est le résultat d’une mise en scène savamment inventée et orchestrée par la photographe Isabelle Chapuis pour le magazine OOB, et en cela, bien que le corps représenté ne corresponde pas aux canons de beauté en vigueur, on ne peux nier que mon corps, dans une telle mise en scène proche de la nature morte, fasse preuve d’un rendu purement et hautement esthétique bien au delà de tout jugement purement bête et méchant sur mon gras. 


vendredi 27 février 2015

Dis-moi qui est la plus belle...




Série d'autoportraits, 2015


             Dans cette série, j'ai voulu explorer la problématique de la consommation de produits cosmétiques vis à vis de l'objectif primaire - parait-il - des femmes : être belle. Tourner en dérision cette obstination à toujours consommer plus par peur de ne pas être esthétiquement recevable. Résultat, nous en faisons trop, nous consommons trop, et cette mauvaise habitude nous tourne malgré nous au ridicule. D'autant plus que les diktats qui nous poussent à changer prônent également le message inverse : celui d'être naturelle. Sois belle. Belle, grâce à tous nos produits, mais naturelle. Voilà le paradoxe que nous renvoient les médias et auquel nous nous identifions inconsciemment. 
Alors, tirées entre deux paradoxe: sois-belle au naturel, mais tu dois quand même acheter ce nouveau produit qui te rendra encore plus belle. Pubs mascara avec faux-cils, pubs produits de beauté avec retouches photoshop. La femme d’aujourd’hui ne sait plus où donner des yeux de la tête et se sent assaillie, agressée par tous ces diktats qui pensent savoir ce qui est bon pour nous et qui veulent toujours plus contrôler notre image. Il est temps de redevenir maitresses de notre image, que celle que l’on donne en société ne soit pas sous le joug des marques et des médias.
             Mais pourquoi cette obstination pour la beauté, si subjective soit-elle ? (voir Beautécratie) La réponse est simple : sans cette course effrénée vers la perfection, les trois quarts de nos industries feraient faillite.
Ces industries qui nous poussent à consommer toujours plus de produits plus nouveaux et soi-disant miraculeux les uns que les autres nous donnent à penser qu'il faut toujours acheter plus pour ne pas se périmer du point de vue des diktats esthétiques. C'est ce marché qui entretient les complexes, en crée toujours plus histoire de nous faire croire que nous ne serons jamais assez biens, même pour ce qui est des régions de notre corps que l'on pensait épargnées (et attention, les hommes commencent à y avoir droit aussi, ce serait dommage de perdre comme acheteurs potentiel la moitié de l'humanité...) Rire jaune. Résultat, nous ne serons jamais assez bien. Du moins, aux yeux de la société. (voir: Le canon de beauté moderne est un fake   
         Et le pire, c’est que ce message arrive à destination. Je suis profondément irritée de constater à quel point nombre de personnes semblent croire que le meilleur est autre part, que l’on ne peut jamais se satisfaire de ce que l’on a, comme si la vraie vie ne pourrait commencer qu’à partir de la transformation physique/nouvelle garde robe/nouvelle crème/nouvelle façon de manger. Foutaise ! Au mieux, on risque de se ruiner la santé mentale et physique, au pire, on passe complètement à côté de notre vie au lieu d'en profiter autant que se doit ! Avouez que l'ironie de la situation est assez terrible.  
Les personnes qui courent derrière un idéal corporel sont - je pense - des personnes qui ont un manque de confiance en eux. Ils pensent qu'en sculptant leur corps, c'est leur estime qu'ils modèlent. En réussissant à faire ce qu'ils veulent de leur corps, ils parviennent à se convaincre qu'ils sont forts et ne cèdent pas la tentation de se relâcher (a l'inverse des gens en surpoids). C'est cette mince emprise qu'ils parviennent à tenir sur leur vie qui leur donne l'illusion que leur vie mène à quelque chose. 
Accepter son corps tel qu'il est demande bien plus de travail que de courir toujours derrière un objectif dicté par la société.
Pour ma part, je préfère travailler mon esprit. Je ne veux pas travailler mon corps et le sculpter car je ne veux pas l'objectifier. Mon corps est mon enveloppe faite pour me faire vivre, je ne veux pas qu'il me rende la vie invivable. Toujours se restreindre n'est à mes yeux pas la meilleure façon de gérer sa vie. Vivre sur la contrainte de la restriction influe sur le moral, et le moral est, contrairement à mon corps, ce que je tiens le plus à entretenir. Question de priorité.
En résumé, c'est bien connu, on veut toujours ce que l'on a pas, mais comme la chirurgie n'est pas un moyen enviable, les régimes trop peu efficaces et durs autant pour la santé mentale que physique, comme on a pas toujours un coiffeur a domicile, il  faut bien apprendre à composer avec ce que l'on a, apprendre à trouver du bon en ce que notre corps nous propose et apprendre à trouver ce qui sera le mettre en valeur avec nos propres cartes à jouer.  

Mais ce message, nous ne l'entendrons jamais.  


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