Histoire d'un corps


       Très tôt, j’ai dû apprendre à refouler le fantasque. Mon corps ne sera jamais comme ceux-là, ces sylphides, populaires et rares à la fois (mais peu de personnes semblent s’offusquer du paradoxe). Mon corps, lui, est plein. Plein de tout.
Généralement, on imagine les fillettes passer après leur venue au monde du stade de poupon bien-en-chair à celui de jeune enfant asexué, qui s’affirmera la puberté venue. Pour ma part, je n’ai jamais quitté le stade poupon. J’étais comme une grande poupée dodue qui, très tôt, à 10 ans à peine, a commencé à voir sa poitrine pousser. Très vite, j’ai eu un corps « de femme ». Et tout à continué sur ce même rythme.  

Aujourd’hui, mon corps a encore changé. J’approche des 25 ans et je le redécouvre. 
Mon corps de jeune fille, que je regrettais tant de ne pas être autrement, s’est métamorphosé en un corps de femme. Mes chaires autrefois si fraiches, insouciantes et plastiques dénoncent désormais l’évidence de la fragilité à laquelle on ne pense pas en étant jeune. J’ai nommé la gravité terrestre. C’est le genre de choses que l’on prend en pleine face après coup. Mon corps a changé et moi avec.  

Je disais donc : j’ai bientôt 25 ans et j’ai les seins lourds. Comme ceux de ma mère. On n’échappe pas au cycle naturel des choses. 
Je ne m’en plains pas. Je constate juste. 

J’ai grandi dans une époque où la finesse des traits, l’élasticité juvénile, et le mythe de l’apparente fragilité féminine sont tout. Moi, j’ai le corps opulent, je ne suis que courbes et renflements. J’ai la peau laiteuse, rosée au niveau des seins et de la bouche, ainsi qu’une constellation de grains de beauté sur certaines parties du corps. J’ai de tout temps eu ces cheveux longs et dorés, ces ongles rongés, ces petites mains. Cette silhouette imposante à la fois forte et délicate. Un corps mûr, griffé de vergetures, naturel. Doux mais fort dans tous les sens du terme. Onctueux. Un corps de femme indépendante. Un corps de mère. Un corps de bonne vivante. Qu’y a-t’il de mal à profiter de la vie ?
Il m’en a fallu du temps pour comprendre qu’il y avait peut-être là de la beauté. Une forme de beauté qui m'est personnelle. Quelle est la vôtre ?
J’ai bientôt 25 ans et mon corps a changé. Et il changera encore. 

Il a changé en étant toujours le même. Et je réalise qu’ainsi, je l’aime d’autant plus.

La femme surréaliste


La femme écartelée, découpée, déformée, fantasmée...

Max Ernst

André Kertész

Dora Maar

Karel Teige

Pablo Picasso

Hans Bellmer

Jindřich Štyrský 

Grete Stern

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