13 juin 2016

Je suis extra-ordinaire


          Parfois j'aimerais être normale, ou du moins feindre de l'être. Aussi simplet que cela puisse paraître, j'envie ceux qui ne se posent même pas la question et qui SONT tout simplement.  
... 
Non ça va pas. Je reprends.. Parfois, j'aimerais être considérée comme une personne normale. Peut être est-ce plus clair formulé ainsi ? Quelqu'un comme vous et moi j'aimerais dire, quelqu'un plus comme vous que comme moi. Peut-être le ressentez-vous aussi ?
En un sens, mettre des mots sur ce mal universel me permet d'en saisir l'absurde incongruité. Je ne peux le nier, j'ai trop souvent cette humaine facilité à penser l'herbe plus verte chez ma voisine ; et par "je", j'entends nous, eux, toi. Mais c'est un raccourci qui, tant qu'il ne sera pas devenu conscient, nous rendra aveugle aux différents bagages que chacun porte en silence. Nul n'est parfait, ou bien personne ne le serait.


Éloge de l'anormalité


           C'est alors que j'en arrive à expliciter ce titre volontairement tapageur. Je suis extra-ordinaire. Dans le sens "en dehors de l'ordinaire". Comme tout le monde, vous l'aurez je l'espère compris. L'humanité n'a d'intérêt que dans la diversité. Et pourtant, je porte sur moi - comme tant d'autres -  une particularité qui tape à l'œil. Une épaisse couche que je peine à cacher. Et à ce jour, lassée d'avoir perdu autant d'année de ma vie à en souffrir, je n'ai qu'un désir : celui d'être considérée en toute transparence comme une personne normale. Or au quotidien me voilà régulièrement ramenée à cet imposant détail.

            Qu'est-ce qu'être normale ? C'est entrer dans la norme ? La norme est une moyenne. Et la moyenne n'a jamais été taillée sur mesure pour moi. L'IMC, cet obscur et déshumanisante entité en a décidé ainsi : je suis malade. Ou du moins je devrais en pratique l'être. Et pourtant à voir mes photographies je ne pense pas donner l'impression d'être morbide, si ? Si ce n'est une souffrance induite par cette mise à l'écart de la normalité, je me porte comme un charme. Pas mieux, et pas plus mal qu'une personne dans la moyenne. Dans l'idéal je ne devrais même pas avoir à me justifier. Et pourtant m'y voilà contrainte. Et c'est bien là que le problème me transcende. Je voudrais être perçue comme une femme normale, tout en faisant ressortir mes particularités. Ni plainte, ni victime, juste une femme comme les autres dans l'épanouissement de sa singularité. Je veux être normale. Je veux être extra-ordinaire. 
Je veux être normale.  
Je veux être extra-ordinaire.  
Je veux être normale.  
Je veux être extraordinaire.  
Je suis les deux à la fois.    
Vous l'êtes aussi, chacun à sa façon.


*** 

         On peut rêver d'une utopie où lorsque sera évoqué le cas d'une femme ronde, noire, "Femme" tout simplement, toute particularité quelle qu'elle soit n'ait nullement lieu d'être évoquée. Une différence noyée dans la masse. Envisagée tout naturellement comme une singulière normalité. Sans un soupçon de stigmatisation. Ce sera normal. Extra-ordinaire mais normal. Une ambigüité paradoxale et complémentaire sur laquelle je me plais à insister. En outre, je ne veux plus entendre parler des grandes tailles comme étant un monde à part. Ce jour là, où je n'aurai plus à clamer que je suis une personne normale, peut être en serai-je moi même persuadée. 


20 avril 2016

Recovery


              Recovery, c’est le terme anglo-saxon qui manque au vocabulaire français. C’est le mot qu’utilisent les personnes qui se battent et remontent la pente après une plus ou moins longue période de troubles ; ici alimentaires. Ce terme me laisse songeuse, il m’évoque toute une imagerie liée à la victoire d’une guerrière. Un fantasme ambivalent de fille en mal d’affection. Un espoir soumis au désespoir quoi. 

D’autant plus dur à assumer qu’il consiste en une véritable désertion de la guerre manifeste que l’on déclare à soi-même. Mincir jusqu’à disparaitre. Nul ne sait pour quelle raison véritable le cerveau se fustige ainsi, si ce n’est la culpabilité d’un inconscient meurtri qui déforme en toute conscience l’image que me reflète ce miroir. Je suis mince, et pourtant je me trouve tellement grosse. Là est tout le problème. 

Je le sais très bien, s’affamer pendant plusieurs mois pour un mec est d’une connerie sans nom ; mais la déraison sait se montrer plus convaincante lorsqu’elle survient d’une adolescence où le souvenir de la solitude prévaut sur tout le reste. Pourquoi ne puis-je pas être comme tout le monde ? Et j’attends avec une impatience illusoire un demain qui sans certitude me paraitra moins morne.  


Il m’a tout de même fallu du temps pour accepter d’appeler cela une « anorexie » tant je pensais que cette étiquette ne pouvait s’appliquer qu’aux filles très maigres. Ce que je n’avais jamais été de toute évidence ; et pourtant, j’avais éliminé plusieurs couches de ma vie en seulement quelques mois. Puis j’ai pris conscience que si j’avais continué ma crise de folie jusqu’au bout, je l’aurais moi aussi été, maigre. Et vidée de toutes forces et motivations vitales. Seulement en cours de route, quelqu’un m’a appris - car il s’agit véritablement d’un apprentissage - à retrouver goût à la vie. Et à partir de cet instant seulement j’ai cessé de culpabiliser à cet humain désir de céder aux plaisirs.  

Mais le jugement du miroir sonne comme pour nous rappeler à l’ordre, et après s’être affamée, lorsque le corps réapprend à manger, les kilos reviennent, et avec eux la honte. Je me souviens de cette sensation qui faisait que chaque bouchée me pesait comme autant de kilos imaginaires dans l’estomac. « Les kilos », ce mot entêtant qui est à la base de tant de névroses chez les filles de mon âge, comme le bouc émissaire de tous les maux d’une jeunesse qui a tant assimilé les vices de la société moderne. Encore je me bats contre cela tout en y participant. 

Aujourd’hui encore, parfois je replonge, je veux cesser de manger et je me trouve laide au ridicule, ridiculement laide. Affublée de tant de défauts que je suis peut-être la seule à remarquer. Chaque photo de moi donne lieu à de cruelles et profondes remises en causes. Et pourtant, parfois je me trouve belle ainsi - affront suprême - oubliant ce corps boulet que je ne maitrise pas. 

Progressivement je commence à me faire à l’idée que dois m’accepter telle que je suis devenue, et ironie du sort, je me sens alors psychiquement et physiquement dégonfler. Peut-être vais-je réellement enfin débuter la phase de « recovery » ?



11 avril 2016

La jeune fille au miroir


Une thématique récurrente, mais toutes sortes d'interprétations.


Vanité, Auguste Toulmouche

Jeune fille à sa toilette, Giovanni Bellini

Femme à la montre, Picasso

Vénus au miroir, Pierre Paul Rubens

Blanche Neige, Walt Disney, 1937

Nico

Le miroir cassé, Jean-Baptiste Greuze, 1763

Cléo de 5 à 7, Agnès Varda, 1962


Fille au miroir, Norman Rockwell

Brigitte Bardot

Le miroir, Paul Delvaux, 1936

Tout n'est que vanité, Charles Allan Gilbert, 1892

Femme au miroir, Picasso, 1922

Répulsion, Roman Polanski, 1965

Vanités, Gustave Adolf Mossa


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27 mars 2016

Parlons de mode




            La mode, elle me passionne et je la déteste. Elle me ruine et pourtant je la célèbre au quotidien. Elle me colle à la peau, mais je la préfère retirée....
Je perds le fil. 

Cette relation à la "elle m'aime, moi non plus", me guide depuis longtemps. Déjà à l'époque où j'ai dû me faire à l'idée que je ne trouverai plus jamais ma taille dans les boutiques dites "normales". Je lui en ai voulu, puis je me le suis repproché. Je me disais que c'était de moi que venait le problème. Pourquoi ne puis-je pas m'habiller en M comme tous le monde ?? À défaut de remettre l'industrie de la mode en cause, c'est mon corps que j'ai boudé. 
       Puis j'ai compris qu'elle me mentait. Qu'il n'y avait aucune honte à ne pas entrer dans une taille standard, et que j'étais loin d'être seule dans ce cas - 50% de la population féminine française s'habille en taille 42 et plus -. Mais malgré tout cela, il restait très difficile pour moi de trouver chaussure à mon pied. Une certaine conception paradoxale de la mode grande taille que je dénonçais ici Petits inconvénients de la mode grande taille. Mais fort heureusement, à force de persévérance sur internet, j'ai réussi à découvrir des créateurs et marques qui comprennent l'importance et les enjeux du marché de la mode grande taille, et Ô joie, j'en profite ! (heureusement, sinon me voilà contrainte à me promener à poil !) Voilà donc aujourd'hui l'occasion d'aborder ses aspects les plus positifs.

            Je le disais, je suis une femme ronde, et je veux m'habiller selon les tendances, avec élégance, excentricité, sexy même. Je le veux tout autant que les femmes minces. Je veux de la diversité de style, de coupes, de couleurs, le tout à ma taille. Et bien entendu, je le veux sans avoir à vider mon compte d'épargne (que je n'ai pas, soi-dit en passant). En fait, oui, je veux tout. Je suis une consommatrice comme les autres, et en tant que tel, j'estime avoir autant le droit d'être prise au sérieux que les consommatrices les plus minces.  
Au sérieux, certes, mais le tout avec légèreté. La mode est pour moi un amusement.  J'aime cela mais pour autant, je ne veut pas ne penser qu'au travers d'elle. Je m'habille pour vivre, mais je ne vis pas pour m'habiller, si je puis-dire. En fait, j'aime l'idée qu'un habit illustre ma personnalité, pas l'inverse. 

          Comme je fais très peu de publicité, on me demande souvent où je trouve mes habits, en particulier ma collection de robes. Alors comme il me tient à coeur de ne parler que des produits dont je suis entièrement satisfaite, j'ai eu envie de recommander les boutiques en ligne dont je suis une inconditionnelle :

  • Modcloth (http://www.modcloth.com/) : des pièces très originales, qui me font bien souvent fantasmer. Cependant, je regrette que leurs prix, en particulier ceux des frais de ports, soient aussi élevés... 
  • C&A (http://www.c-and-a.com/) : pour faire vite, cette boutique regorge des basics abordables. Et parfois, on tombe sur une pièce aussi fabuleuse qu'inattendue.  

     Au final, l'important dans la mode, c'est nous. C'est nous qui la portons et lui donnons de l'éclat. Que serait un habit sans le modèle qui l'arbore ? D'où l'intérêt de choisir avec exigence les produits qui nous conviennent, plutôt que de suivre aveuglement les tendances.
Porter un habit, c'est (toujours selon moi) l'instrumentaliser. C'est faire ressortir ce "moi" singulier qui nous rend fières. Montrer au monde qui nous sommes. Influencer le sentiment qui restera d'une première rencontre. L'habit ne surpasse pas la personnalité, il la complète, l'illustre. À nous de savoir en jouer.