Sirènes




         Retour dans la région où j'ai partiellement grandi, la Bretagne, avec un peu moins d'entrain qu'escompté. Ce coup-ci, je reviens pour l'enterrement de ma Grand-mère Marguerite. Une véritable sainte (et pourtant je ne suis pas croyante). Sainte opulence peut-être. Tout ce qu'elle avait, elle l'avait en trop. La générosité, l'amour des autres, de la vie, l'amour des fleurs, de la nourriture. Cela se voyait même sur son physique de barbe à papa rose bonbon, ronde comme un ballon, cotonneux et perlée. Même la portée de sa voix et son débit de parole à la minute étaient hors norme. Elle nous offrait toujours trop de choses, elle nous aurait même tout donné je crois. Elle nous offrait à chaque fois des cargaisons de bonbons, chocolats, gâteaux, de quoi tenir un hiver entier ! Et inutile de préciser qu'elle ne nous laissait pas sortir de table avant de s'être au moins resservi trois fois et d'avoir avalé au moins trois desserts. C'est vraiment le mot qui la caractérise le plus. Le Trop. Mais dans le bon sens terme. 
        Ces derniers jours ont été très propices à la réflexion, plus que d'ordinaire et pourtant je suis du genre à ruminer sans cesse toutes sortes de sentiments, pensées et réflexions métaphysiques en tous genres. Cette dernière semaine ; alors que au sein de ma famille, nous racontons beaucoup de conneries et essayions de nous changer les idées ;  je crois bien avoir vu se dessiner un leitmotiv optimiste (qui aurait sans nul doute fait plaisir à ma mamie) : Roulez jeunesse ! 





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Bleu Blanc Rose x Paulette magazine





           La solitude est un état dans lequel je me plais, et ce fut toujours le cas. Bien qu'ayant un frère et une soeur - en dehors des disputes et complots manigancés à trois - je me suis toujours comportée comme une enfant unique qui ne désire qu'une chose : qu'on lui foute la paix. Même à l'époque de l'internat, où, bien qu'obligée à partager nuit et jours ma vie avec cinq autres personnes, je ressentais le besoin de m'isoler une bonne partie de chaque après-midis sans cours à l'infirmerie. J'y avais d'ailleurs un lit dédié, comme une place d'habituée dans un bar, où je dessinais, dormais, filmais, et avais même loué un fort lien d'amitié avec l'infirmière (c'est dire si je venais souvent). Et ces moments privilégiés de solitude étaient devenus vitaux au point où je ne pouvais m'en passer au risque de céder aux crises de panique que m'infligeait ma dépression naissante.   
À mon arrivée à Paris, je fus dans un premier temps soulagée de pouvoir être enfin seule dans mon petit appartement. La seule présence que je tolérais dans mon entourage étant celle de mon poisson rouge nommé "Le Chat". Et quiconque venait perturber mon petit monde était certain de me voir entrer dans cette phase que les gens timides et/ou trop gentils cachent. Pour dire vrai, la seule personne dont j'ai toléré véritablement la présence dans mon monde est Charles, mon copain, fiancé, amoureux, meilleur ami, plan cul et tout le tralala. Et il est encore à ce jour la seule et unique personne dont je ne puis me passer. Nous sommes une sorte de monstre à deux tête. Il me comprend mieux que moi même. Nous partageons ce même goût pour la solitude et nous pouvons aisément être seuls à deux. 
Tout cela pour expliquer la relation profonde que j'entretiens avec la solitude et ma difficulté à nouer de durables amitiés. Je me dirais en quelque sorte allergique aux traditionnels « groupes de filles ». Probablement parce que je n’y ai jamais eu ma place, ou tout simplement parce que cet esprit de meute gloussante m’a menée à la conclusion qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée. Mais paradoxalement, je me surprends à apprécier passer du temps avec des amies, et faire des choses que l'on qualifie usuellement de "choses de filles". En occurence, ici, aller à une soirée Paulette avec une récente et captivante rencontre : Mélanie. 
Je parle peu des avantages que je tire de ce blog psychanalytique, déjà car il est avant tout fait pour me faire réfléchir sur moi-même et m'aider à combattre ma dépression. Donc, disons le clairement, ça ne regarde que moi. Mais s'il y a bien une chose que je réalise, c'est qu'il m'a permis d'amener à moi des personnes fort singulières et passionnantes que je n'aurais pu rencontrer autrement. De véritables amies, venues de la France entière (voire de l'étranger) et qui me redonnent foi en la notion d'amitié que tant d'années d'adolescence difficile avait écornée, et me laissent à penser que non, contrairement à ce que je pensais, le problème ne venait pas entièrement de moi, je n'avais juste pas trouvé la bonne compagnie.
 

Plaidoyer envers les filles minces (rédigé par une grosse)



Accepter sa différence ?


           Me voilà depuis pas mal de temps devenue spécialiste du discours de soutien à l'égard des filles qui tout comme moi, sont en surpoids. Des encouragements à m'assumer telle que j'étais que j'aurais aimé entendre à l'époque où je ne pouvais tolérer ma différence de taille.  
Un long travail a été nécessaire pour m'aider à dompter une image de moi même dévaluée par une société qui ne jure que par le mince et l'athlétique. Mince et élancée, j'aurais aimé l'être aussi, mais il aura bien fallu se rendre à l'évidence, je ne le serai jamais. Dans ce genre de situation, deux cas de figure s'offrent à nous: soit on décide de se replier sur soi, dénigrer son corps et son être, et vivre dans la frustration, soit on prend le taureau par les cornes et on décide - à défaut de ne pas avoir de modèles à son image dans la culture populaire -, de creuser et chercher ses propres modèles et inspirations autre part. C'est ainsi que j'ai découvert de monde de la "body acceptance" ou "body positive", un mouvement dans lequel je me reconnais, guidée par des slogans tels que EFF YOUR BEAUTY STARDARDS (on emmerde vos standards de beauté). Et pour une fois, je me suis sentie non pas pas normale, mais presque en dépit/grâce à mes originalités. Ce mouvement, qui n'est pas comme j'ai pu l'entendre une façon d'assumer d'être moche (y'a des baffes qui se perdent) mais juste un message de tolérance qui veut hurler à la face du monde que l'on veut arrêter d'être jugées par le biais des canons de beauté traditionnels et fermés.  
           Une initiative donc très réjouissante, vous l'aurez compris qui a comme effet de déculpabiliser les femmes telles que vous et moi (si vous vous sentez concernée) qui ont toujours considéré leur corps comme un fardeau. Jusque là, tout va bien, mais dès que vient l'inévitable comparaison avec d'autres femmes, le malaise se crée malgré tout. À croire que certaines personnes ne peuvent considérer que l'on puisse aimer son corps sans haine de ceux qui n'y ressemblent pas. En pratique, cela se traduit par de nombreux messages répugnant du genre "les hommes préfèrent les rondes, les os sont pour les chiens" ou autres conneries du genre. Non, les hommes aiment telle ou telle fille sans tenir compte de son poids. Ou alors il faut se poser des question... Mais ne nous égarons pas, comment justifier ce besoin de dénigrer son opposé pour se mettre en valeur ? Peut-être est-ce par vengeance ou haine, causée par le fait de n'avoir pu ressembler à tel ou tel modèle, qui pousse certaines femmes rondes à cracher sur plus minces. Et quelle que soit leur raison, j'en suis navrée, il est difficile de lutter contre ses blessures, mais il faut bien se dire une chose : 
"La beauté d’une autre femme ne signifie pas l’absence de la votre."
Et il est ridicule de taper sur les minces pour faire valoir les grandes tailles, aussi absurde que de faire l'inverse. Et plus globalement, totalement vain et abso-incroyablement-con de diviser les femmes sur un critère aussi superficiel que la forme de sa silhouette. 


Et les filles minces dans tout ça ?


            Une fois ce postulat essentiel de départ établis, je vais pouvoir éclaircir le titre de cet article. Je suis ronde, cela n'a échappé à personne, et pourtant, j'ai ressenti le besoin vital, après avoir beaucoup écris sur le monde de la grande taille, de parler du cas des femmes plus minces. Car, j'en ai la certitude, que l'on soit très mince au très grosse, entre les deux, nous sommes dans le même bateau ! 
Tout le monde, peu importe sa morphologie, look, poids etc... ne pourra échapper au regard et jugement d'autrui. Je voulais évoquer en particulier le cas des femmes très minces, parmi lesquelles quelques amies avec qui, en discutant, nous nous sommes rendues compte que bien qu'opposés, nos soucis et dilemmes vis à vis du physique étaient les mêmes. Nous sommes semblables, mais à l'inverse en quelque sorte. Pour être plus explicite sur ce qui m'a amenée à cette réflexion, je ne peux me passer d'évoquer le témoignage d'une amie, qui me confiait ses difficultés à marcher sur une longue distance car ses forces lui manquaient vite, qu'elle redoutait de se mettre en maillot de bain à la plage, de manger à la vue d'autrui, ou simplement de porter des collants (à quoi elle préférait les pantalons) pour cacher ses genoux très minces. Autant de peines dont témoignent également les femmes rondes, mais à l'inverse. Globalement, elle souffrait du regard réprobateur des autres, et ce pour les mêmes raisons que moi, le tout créant les mêmes soucis de dépression et d'estime personnelle que ceux dont j'ai pu souffrir. Voilà les raisons pour lesquelles il est nécessaire, lorsque l'on est ronde, de ne pas se placer en opposition des minces comme si le monde fonctionnait de façon binaire. Nous sommes bien plus proches que ce qui pourrait sembler, unies face à la difficulté de se faire accepter dans un monde où les femmes sont avant tout jugées par leur physique. 
D'autant plus qu'à ce jour, avec l'avènement de la mode grande taille, le public, décomplexé, n'hésite pas à lâcher son petit commentaire sous les photos de femmes minces, leur conseillant de manger et autres atrocités du genre. Voilà qui n'est guère plus intelligent que de recommander à une grosse de se mettre au régime. Et encore, je ne parle que des deux extrêmes: les grosses et les très mines, mais l'entre deux n'y échappe pas non plus. D'où la nécessité de solidarité.  

Unies face au body-shaming

 

           En guise de conclusion, je dirais que c'est le nombre d'exemples incroyable de situations de body-shaming (se moquer du physique) auquel je suis confrontée personnellement ou non chaque jour qui me poussent à écrire cet article. Car je suis outrée, en tant que femme ronde, en tant que femme tout court, de constater à quel point, que l'on soit ronde ou mince, on s'en prend plein la gueule. C'est pourquoi j'ai eu envie d'écrire pour soutenir les femmes plus minces que moi, autant que les plus grosses. Ce type d'article soutenant les petites morphologies, s'il avait été rédigé par une mince, aurait été accusé de discriminer celle qui n'entrent pas dans ce carcan ; tout comme on a pu croire que je le faisais en défendant les rondes et leur droit de s'accepter malgré la pression et les diktats de la minceur. Or, nous revendiquons juste le droit d'exister et d'être respectées telles que nous sommes, et ce, peu importe notre physique. Afin d'aborlir les barrières des cases dans lesquelles nous sommes mises inévitablement et prouver une fois de plus qu'il n'y a pas de physique dont la valeur primerait sur les autres. J'envie, j'admire, je m'inspire de corps de femmes aussi divers que variés, car je ne veux pas faire de différence. Il faut prendre conscience que nous sommes unies face à cette adversité qui ne cesse de juger à tout bout de champ et ne sera jamais satisfait. 



Les 3 Graces, Zoé Mozert


French Curves: Festival





        Ce mois ci dans French Curves, on fête l'arrivée de l'été avec un look l'inspiration festivalière. J'ai donc lâché les gros cuissots, le gros cul, la cellulite, avec  la fervente envie d'en découdre avec les adeptes du "quand on est ronde, on se cache !" et me voilà prête pour Rock en Seine ! 
LOVE YOUR BODY  



Photographies de mon fiancé Charles Danet ♥


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